Markoye: oasis du Sahel!
Jour 11
Issa nous presse de prendre le déjeuner en 15 minutes, question de ne pas faire
attendre le camion des marchands en route vers Markoye. Moi qui croyait que les Africains avaient le temps…on repassera!
Issa nous fait découvrir un autre type de transport que peu de blancs utilisent. Nous voilà assis ou debouts sur la marchandise des différents marchands à nos côtés, dans la boîte du gros camion, à ciel ouvert. Le bétail est aussi transporté par ces camions. Fidèle à mon habitude, j’en profite pour discuter avec un voisin Burkinabe. Il est en attente de réponse pour un travail de chauffeur à la mine. En attendant, il se promène d’un marché à l’autre pour y vendre du savon liquide. Je lui demande si c’est un produit naturel. Comme je m’en doutais, réponse négative. Je ne peux pas m’empêcher de glisser une note écolo dans chacune de mes discussions burkinabé. Si cela peut contribuer à semer une graine dans l’esprit de l’un de mes interlocuteurs, ça vaut la peine! Je suis bien ici pour un stage en éducation relative à l’environnement. Et puis, ce n’est vain puisqu’ils sont étonnamment réceptifs. Certains semblent croire que les blancs possèdent la science infuse, autant en profiter d’une façon positive!
Nous marchons quelques minutes pour se rendre à Markoye. J’aime déjà. La première chose que nous voyons est un grand lac avec du bétail. Rafraîchissant! Nous déambulons ensuite à travers le marché coloré d’alimentation et d’artisanat pour finir avec l’impressionnant marché de bétail. Je m’attarde sur celui des dromadaires aux airs si doux et si calme. Nous apprenons que plus un marchand est vêtu de couleurs, plus il est riche. Et de la couleur, il y en a par ici! Aucune femme en vue pour la vente du bétail et plusieurs turbanés. Un joyau pour les yeux! Ils possèdent une grâce de mouvements enviable. Nous y allons de quelques blagues avec les marchands qui tentent de nous vendre le bétail: bien sûr, sur l’avion, y’a pas de problèmes, on achète tout!
La chaleur nous accablant, nous allons manger et se reposer au paisible et joli gîte de Markoye, quelque peu à l’écart du marché. Après le repas, je m’installe sur une chaise (de bois!), sous le grand arbre à proximité de la porte d’entrée du gîte. J’observe le trafic qui circule devant moi: hommes sur dromadaire, groupe de femmes magnifiquement habillées et parées de beaux bijoux, enfants en route pour le dîner à la maison, troupeau d’animaux. Des enfants viendront roder autour pendant un bon bout temps alors que je m’amuse avec un chevreau. Un turbané viendra faire une pause de yoga (la chandelle) pour que je le prenne en photo (et fait rare: sans demander pour regarder la photo par la suite). Des écolières viendront me saluer en se prosternant à mes genoux. Inhabituel comme salutations! Je vis bien dans le moment présent. J’apprécie l’ombre de ce gigantesque arbre et la beauté du paysage et des habitants qui le composent. J’apprécie cette douce solitude à ne rien faire sauf regarder. Il avait raison ce mec de la RFI qui était ici pour enregistrer des sons, un paradis de paix que le Gîte de Markoye.
Je retourne au gîte pour le thé et prise de photos des jolies cases. Les écolières viendront s’installer dans le cadre de la porte pour m’observer en attendant
que j’aille à leur rencontre. Je leur pose des questions pour leur faire plaisir et quelques photos. Elles sont si mignonnes et gentilles. Je comprends plus tard leur grande admiration à mon égard: elles croyaient que j’étais enseignante. Est-ce un signe? Qui sait!
J’aurai aimé rester ici plus longtemps, mais le guide a prévu que quelques heures et il ne semble pas pouvoir changer les plans. Prochain moyen de transport: un grand 4 x 4. Cette fois, la boîte arrière est fermée avec fenêtres. On y entasse d’abord les femmes. Oh non, pas moi, je suffoque et me sens vraiment trop à l’étroit. J’opte pour le toit, avec 14 Burkinabé, au lieu des 11 à l’intérieur! Ouf, je respire! Pour ne perdre notre place, nous sommes là bien à l’avance. Nous attendons le patron…je me demande ce qu’il peut bien foutre pour nous faire attendre si longtemps. Réponse que je n’obtiendrais pas. À la dernière minute, Issa se glisse près de moi avec son unique bagage (un petit sac de cuir semblable à une mallette de portable). Mais j’ai besoin d’une pause de ce guide prétentieux qui manque de respects envers les gens. Je tasse sa mallette subtilement un peu plus loin, technique qui s’avérera efficace.
J’ai de bons voisins (tous turbanés) de route qui parle presque pas le français. À ma gauche, un marchand de bétail, ou plutôt un éleveur de bétail. Parenthèse: plusieurs éleveurs peu éduqués laissent le travail de marchandage à des marchands, ne connaissant pas la valeur de leur bétail, et prennent un cote sur la vente finale. À ma droite immédiate, un homme qui veut apprendre le français. Et à ses côtés, un tradi-praticien (j’ai vu son certificat!) qui vend des médicaments naturels contre des maladies spécifiques. La piste (route) est faite de terre rouge et la camion file (très) tranquillement par sa surcharge et son chauffeur quelque peu plus pépère que d’autres. Tous les véhicules qui nous suivent viennent qu’à nous dépasser. Et chaque fois, nous avons droit à un nuage de poussière rouge. Je me protège du mieux que je peux en baissant ma tête couverte d’un chapeau à large rebord et en plaçant mes mains sur ma bouche et mon nez. Lorsque le nuage disparaît enfin, mes voisins me disent: fini. Comme j’envie leur turban! Je vais m’en procurer un aux couleurs des Touaregs. Mes voisins sont si gentils et bienveillants que je dois les prendre en photos. Ils me feront honneur, vous verrez, si c’est pas déjà fait.
Le camion s’arrête soudainement en plein milieu de la route avant le coucher du soleil. Tous débarquent (sauf Issa) et déroulent leur natte pour prier au bord de la route, les hommes devant et les quelques femmes derrières. Bien sûr, j’avais oublié que le Sahel est 100% musulman. C’est beau spectacle à voir, tout de même. Nous repartons et filerons sous le ciel étoilé. Issa entre dans des conversations avec ses voisins et s’animent. Je taquine Issa qui me dit parler politique, mais amicalement. Lorsqu’il s’adresse à quelqu’un, il tient à le regarder. Normal, mais fatiguant quand il est dos à moi et autres de mes voisins, et bougent sans arrêt et bouscule pour parler à chacun des voisins impliqués dans le débat. Je lui signale qu’il me pousse. Il s’excuse. Il fait la même chose avec mon voisin de droite. Lui, ne dit rien. Mais je vois qu’il en est incommodé. Je le fais savoir sèchement à Issa qui excuse la chose par son excitation. Non, ce n’est pas une excuse valable! Il s’excusera auprès de moi. Je lui demande plutôt de s’excuser auprès de mon voisin, car il manque totalement de respect avec son attitude de Monsieur le Roi qui a tous les droits! Il commence à me tomber sur le petit nerf ce guide! La ”balade” se poursuivra paisiblement. J’ai vraiment adoré ma rencontre avec ses hommes du Sahel, les couleurs, le bétail, les femmes. Ça respire la sérénité, malgré que cette région soit l’une des plus pauvres au monde. Les différentes ethnies qui s’y côtoient savent se respecter et se taquinent amicalement avec des plaisanteries de famille. J’ai entendu un dire à l’autre: toi, mon esclave. Et tout le monde de rigoler. C’est qu’autrefois, les Touaregs avaient pour esclaves les Peuhls.
Nous arriverons assez tard à Gorom-Gorom et dormirons à la sympathique Mission Catholique (qui admire les Canadiens plus que tous!). Bonne nuit!















