Un village solidaire
Chacun à l’arrière d’une moto, nous filons sur la piste pendant une vingtaine de km en direction du village Koïrézena. Ballade agréable pendant laquelle je questionne mon chauffeur. Devinez de quoi nous parlerons? L’environnement au Burkina. Il a conscience de la pollution causée par le plastique, mais se demande si l’essence (des motos) est nuisible? Ok, il y a des choses essentielles qu’ils doivent savoir et c’est la raison de mon stage. J’ai la confirmation que je ne suis pas ici pour rien! Nous ferons un petit arrêt pour visiter un petit village Peuhl pour ensuite s’arrêter à Koïrézena. En chemin, nous voyons des groupes de femmes s’affairer au pilon pour le mil. C’est une belle chorégraphie à voir, mais ce qu’elles travaillent fort. Et la plupart du temps, elles ont un bébé attaché au dos par un bout de tissu qui revient autour du ventre.
À Koïrézena, nous serons pris en charge par les guides de ce village d’accueil d’écotourisme (Issa en profitera pour se payer un congé non mérité!). Le projet a vu la jour grâce à une association française, Tourisme Développement Solidaire (TDS). Quel que soit le métier exercé ici, tous reçoivent une formation. Le village est administré par un gérant assisté d’un comptable, un boutiquier, un économe et opéré par 2 gardiens, 2 guides, 2 serveurs et 2 équipe de 3 cuisinières. Un rapport doit être rendu à TDS à la fin de la campagne (saison) touristique. Les revenus générés sont de l’ordre de 1.4 millions CFA. En 2008, ils ont atteints 1.13 millions. Plusieurs séjours sont réservés à partir de la France avec un potentiel de 8-12 clients. Les activités proposées sont de l’animation des Sonjey (l’ethnie majoritaire de Koïrézena), des Peuhls, des Bellas, visite de Gorom, d’Essakane, des maraîchers (50 familles). Et quand il n’y a pas de clients, les gens viennent traîner ici, c’est leur lieu de rassemblement.
Il n’y a pas d’eau courante ni électricité par ici, mais une pompe à la sortie de notre hébergement. Je prends mon rang comme les Burkinabé pour remplir moi-même nos bouteilles, malgré que les femmes m’offrent de le faire. Je veux voir quelle force cela prend. Pas si pire. Bien foutu ces forages! Héritage de l’aide au développement. Michel viendra à son tour pomper l’eau et il le fera aussi pour remplir quelques contenants des Burkinabés. Il attirera l’attention davantage car il est rare de voir un homme exécuter cette tâche.
Nous allons prendre une grande marche au soleil pour visiter le maisons joliment décorées par les femmes du village. Elles ont coutume de peindre sur leur case avec de beaux motifs aux couleurs vives pour attirer le regard des hommes, faire un cadeau à leur mari orpailleur lors de lors retour au bercail et se voir récompenser par celui-ci en argent. Mais avec le temps et l’appât du gain, une majorité des femmes a délaissé cette coutume, faute de temps, pour travailleur elle aussi à la recherche de l’or.
Nous continuons notre chemin pour une visite à une école nouvellement construite, de niveau collégial, dans un espace désertique
(pour pouvoir desservir plusieurs villages). Nous somme accueillis par une ribambelle de 97 étudiants en pause. C’est le délire! Les enfants âgés de 13-16 ans nous entourent et nous empêchent de circuler. Ils se précipitent pour nous toucher les mains, les bras. Nous réussissons à parler avec leur l’unique enseignant. Il attend du renfort, un autre enseignant. La classe est belle et grande, mais quel nombre impressionnant d’élèves! Sur notre chemin de retour, nous observons la composition de la terre qui sert à donner la couleur rouge aux peintures des maisons et une coin de terre jaune, de l’ocre que je vais rapporter à une amie qui m’a demandé du sable d’Afrique pour sa collection. Le seul sable était à Gorom, et je trouve que l’ocre est plus représentative du pays.
En marchant plus tard avec Issa, nos apprendrons qu’il aurait été réquisitionné par un marabout et battu par celui-ci. Lorsque ses parent ont appris la chose, ils ont entrepris des démarches auprès du gouvernement pour reprendre leur enfant. Chose faite. Les marabouts sont des espèces de maître envers qui les enfants doivent tout et donnent tout. Ils travaillent de jour pour remettre leur gain au marabout et apprennent le Coran la nuit. Pour toute erreur lors des récitations, ils sont battus sur le champ. Quelle horreur! La beauté des troupeaux de zébu et de moutons dirigés par des jeunes bergers qui se dirigent vers le village me changeront les idées.
Le soir venu, nous décidons de parler sérieusement à Issa de nos insatisfactions. Nous avons appris par notre guide que notre visite n’a jamais été annoncé, sauf le jour même. L’équipe de village a du se rassembler in extremis, n’ayant pas eu de clients avant nous. Charlotte entamera la discussion et j’enchaînerais à mon tour au sujet de son manque de respect, sa malhonnêteté et de nous faire courir alors que ce n’est pas nécessaire. Tous s’exprimeront et nous laisserons Issa s’expliquer qui dira comprendre nos insatisfactions et qu’un ajustement aura lieu. Je suis certaine que nous sommes un des rares groupes à ne pas se laisser faire et s’exprimer ainsi. Une dynamique socialement intéressante que je suis en train de vivre.
Le soir venu, nous parlons avec le gardien, un autres employé et Issa. Ce dernier décide de nous divertir en racontant des contes et devinettes. Il semble pas le moindrement ébranlé par notre sérieuse discussion. J’ai hâte de me coucher dans notre petite chambre qui nous offre un beau spectacle si nous laissons la porte ouverte: un ciel étoilé. Alors que tous sont couchés, je jase avec le gardien frigorifié vêtu d”un duvet, alors que je n’ai qu’un t-shirt et mon paréo. Nous rigolons un coup et je décide d’aller prendre ma douche (en plein air).
Avant de m’endormir, je débute la lecture d’un petits recueils de contes bilingues (français et sonjey, la langue locale) qu’un des employés m’a prêté. La production des recueil est une initiative qui a vu le jour par des villageois chargés de l’alphabétisation en collaboration avec d’anciens voyageurs. Les “alphabétiseurs” collectent et rédigent des contes qu’ils font parvenir en France au groupe des anciens voyageurs qui se charge de la mise en forme et de l’édition. Ces recueils sont vendus aux visiteurs qui séjournent à Koïrézena, mais surtout ils participent à la sauvegarde des traditions et sont intégrés au programme d’alphabétisation du village. Pour officialiser et pérenniser cette action, le groupe des anciens voyageurs a créé en France une Association appelée ”SAABU”. Cette explication détaillée, je l’ai trouvé sur Internet et je comprends trop tard que c’était un recueil en vente. Dans l’un des contes je retrouve la petite morale de la fin suivante: les femmes sont toujours.
Jour 13
Ce matin, nous visitons d’autres maisons décorés, suite à nos plaintes à ce sujet. Nous visitons l’intérieur de la maison de notre guide. Aye! Il y a des vêtements et tissus d’étaler partout. Mais sinon, c’est fort joli.
Issa s’absente à nouveau et nous aurons un grand temps libre sous la terrasse ronde, à l’abri du soleil. Je demande au gérant et au guide si je peux les interroger à propos de questions relatives à…l’environnement, tout en les filmant. Mais oh malheur, j’ai laissé la batterie dans le reste de mes bagages à la Mission Catholique de Gorom. ce qui me vaudra plusieurs blagues des Français. Pour une fois que j’ai une occasion en or, avec un public captif! Je vais tout de même poser mes questions pendant que Charlotte filmera avec ma caméra photo. Il va falloir que je pose la question à propos des déchets de plastiques omniprésents, ici aussi.
Je lance aussitôt la question. Il existe un programme de gestion des déchets d’EAU VIVE. Une fois semaine, une brigade de femmes effectue la collecte. Il faut croire que c’est insuffisant car je ne vois pas de différence avec les autres villes. Le gérant mentionne qu’ils se doivent de sensibiliser la population pour ne pas brûler les déchets, que cela touche les enfants par la pollution atmosphérique. Encore une fois, une question d’éducation.
Et l’eau, qu’en est-il à propos de l’approvisionnement et la salubrité? À mon grand étonnement, il existe une opération nommée SAGA qui consiste à bombarder les nuages pour provoquer la tombée de la pluie à Ouagadougou. Et ben, c’est comme Pékin qui a bombardé les nuages en pleine période de sécheresse pour recevoir de la neige en novembre 2009! Dis donc, les Burkinabés possèdent plus de techniques que je croyais. Mais je suis surprise que des Africains tentent de déjouer leur mère nature tant vénérée et habituellement respectée. La modernité occidentale apporte décidément son lot de problèmes, le plastiques et maintenant le contrôle de la nature. Le problème selon le gérant n’est pas tant la quantité d’eau disponible que l’insuffisance en eau potable. Une technique efficace est utilisée pour purifier l’eau à l’aide d’un tamis et de roches. Je leur parle d”une technique solaire de purification que j’ai découverte via l’Internet lors de mes recherches pour la production des fiches thématiques de mon projet de stage. Quant à l’assainissement de l’eau, il y a du travail à faire dans les marigots (mares) du village car il est infesté d’insecticides.
Et l’énergie solaire? Il y a quelques panneaux solaires. La TDS est venue faire des démonstrations de cuiseurs solaires, mais le projet n’est pas allé plus loin. Et ce type de cuisson est difficile pour la cuisson du plat national, le To. Par contre, ils utilisent la technique du foyer amélioré qui est une céramique construite avec du fer, et capable d’absorber la chaleur pour après la restituer à la marmite. Elle permet d’économiser 40% de bois (ou de charbon). Le bois est la matière la plus utilisée pour la cuisson. Le village aimerait faire une campagne de sensibilisation pour démontrer l’importance et le rôle important des arbres. On me nomme l’Acacia, un arbre à propriétés thérapeutiques contre l’une des maladies les plus répandues: le paludisme.
Et l’énergie éolienne? Manque de vent au village, plus adapté pour Ouagadougou.
Et l’agriculture? Les semis, les OMGs? Les semis proviennent d’ici même et les OMG, c’est trop cher et pas durables.
Les transports? Le vélo est très présent, plus que dans les pays limitrophes. C’est l’héritage de l’ancien président, Sankara, qui se effectuait ses déplacement en vélo.
Et les changements climatiques? Ils ont en pris conscience le 1er septembre avec les inondations extraordinaires.
J’ai terminé juste à temps pour le dîner. Nous allons ensuite visiter les jardins splendides des maraîchers. Ah, ils là les légumes qui me manquent tant. Comme j’aimerais en manger davantage. Il y a du chou, de la laitue, des pastèques, des concombres, des carottes, des haricots, des tomates, des patates, des oignons verts. Ça fait du bien de voir de la verdure. Merci Koïrézena, continuez votre travail solidaire et encouragez l’art si bien fait!











